Content marketing et musique classique

content marketing et musique classique

Beaucoup d’appelés, et peu d’élus : la vie du musicien classique est bien proche de celle du blogueur professionnel. Voici quelques leçons issues du monde musical, dont tout praticien du content marketing percevra les analogies avec son propre univers…

Musique ou content marketing : connaissez votre public

Savoir qui est dans la salle, ça aide. L’avantage du concert payant c’est que l’offre crée la demande, et que ce ne sont pas les mêmes spectateurs qui viendront vous écouter sur le deuxième concerto du regretté Hans Werner Henze ou sur les Quatre Saisons. Il en va tout autrement pour un concert gratuit. Vous ne savez pas qui vous écoute – sont-ils là pour vos beaux yeux, pour le programme, ou juste parce qu’il fait froid dehors ? Jouer un morceau archi couru emportera peut être l’adhésion des béotiens, plus sûrement encore le mépris des esthètes. Qui voulez-vous séduire ?

Même chose en ce qui concerne le content marketing : avec qui voulez-vous tisser des liens et entretenir une conversation ? Quelles sont leurs cultures, leurs caractéristiques ? Savez-vous à qui vous avez affaire ?

Préférez la sonate

Vous voulez être compris, retenu, fredonné, partagé ? Faites confiance à Mozart, Haydn ou Beethoven. Des siècles de succès ! Pourquoi ? Parce que la forme sonate qu’ils affectionnent est idéalement narrative. Exposition du thème dans la tonalité principale, modulations dans des tonalités de plus en plus lointaines, résolution dans la tonalité d’origine avec récapitulation du thème (2). Une structure à privilégier par tout praticien du content marketing, parce qu’elle est facile à lire, à comprendre, à mémoriser.

storytelling et forme sonate

Jouez les notes

Une partition, comme un sujet, ça se respecte. Autrement dit, on ne peut pas tricher avec la vérité – ou en tous cas pas plus qu’un pain vite enterré sous la pédale. Si un compositeur se donne la peine d’écrire « pianissimo » sur la partition, c’est qu’il estime que l’instant s’y prête. Jouer rubato un passage staccato, ce n’est pas un effet de style. C’est un mensonge, un travestissement. Vous serez vite repéré et catalogué parmi les bluffeurs et les parasites. Non non non je n’ai pas désigné les petits malins du SEO et leurs articles bidons.

Faites court, faites beau

Un récital bien mené doit donner envie d’en écouter encore. Et d’acheter le disque.

Dans un autre contexte, si à la fin d’un repas on vous demande de vous mettre au piano, mieux vaudra jouer le 12ème prélude de Chopin (sol dièse majeur, op. 28, soixante-dix secondes au compteur) que la valse « Plus que lente » de Debussy. Rappelez ensuite à l’assistance la date de votre prochain concert (payant, cela va sans dire).

Le principe du content marketing, ça n’est pas non plus de saturer son public. Mais bien plutôt de lui donner envie d’en savoir plus et d’approfondir la relation avec l’émetteur – vous.

Affichez-vous

Si vous ne prévenez pas les amateurs de classique de la ville de votre spectacle, si vous ne faites pas distribuer des flyers à la sortie des salles de concert les semaines qui précèdent, si aucune personnalité ne se déplace, si la presse locale n’est pas au courant non plus, vous avez toutes les chances de jouer devant des sièges vides. De quoi regretter de ne pas avoir écouté les conseils de votre mère (qui voyait en vous un futur expert-comptable). En d’autres termes : n’oubliez jamais que dans « content marketing » il y a… « marketing ».

Ancrez-vous dans l’actualité

L’année du centenaire de la mort de Debussy, vous feriez bien de réviser un épigraphe ou deux. Si la violoniste Mela Tenenbaum vient de triompher à Paris dans les sonates de Brahms, c’est peut-être le moment de proposer ses pièces pour piano – à commencer par la 3ème sonate, en Fa mineur. Il n’en va pas autrement pour l’actualité B2B ou pour le calendrier de la consommation individuelle.

On ne joue pas impunément les mêmes morceaux toute sa vie.

A moins de s’appeler João Gilberto (si l’on est brésilien, guitariste et un rien autiste) ou Lily Laskine (qui avait l’excuse de l’étroitesse du répertoire de harpe). D’abord parce qu’on a vite fait de s’ennuyer soi-même et de se détester. Ensuite parce qu’on accumule les mauvaises habitudes. Et naturellement parce que vous aurez lassé votre public.

*

Alors, oui, la musique classique et la vie des virtuoses du clavier, de l’archet et des clés d’ut a beaucoup à nous apprendre, à nous, simples mortels et modestes artisans du storytelling. Mais ces sept règles ne sont que sept notes sur notre portée. Reste à travailler, à travailler encore, à écouter, à s’inspirer, et à conserver au quotidien le plaisir d’écrire et de jouer.

Lire aussi le billet de Clay Delk sur ce que la photographie peut apporter au content marketing :

http://contentmarketinginstitute.com/2012/11/photography-teaches-content-marketing-blog-lessons/

(2) Stoïanova, Ivanka. Manuel d’analyse musicale: Variations, sonate, formes cycliques. Musique ouverte. Paris: Minerve, 2000. 283 p.

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